print mail facebook linkedin youtube twitter search arrow chevron-with-circle-up
Kone

L’urbanisation durable : mythe ou réalité ?

Construire des villes durables n'est pas un jeu d'enfant. Tandis que les mégalopoles cherchent des stratégies permettant de rendre l'habitat plus agréable à vivre, nous étudions la recette du succès.

Toutes les heures, plus de 40 personnes emménagent à Mumbai, environ 70 à Lagos et plus de 60 à Dacca. Ces mégapoles, comme bien d’autres, prévoient un taux d’urbanisation compris entre 1 et 6 % par an, et leur plus grand défi est de rendre cette urbanisation durable.

« On ne peut pas parler d’urbanisation durable si on ne tient pas compte des flux de ressources », nous confie Fiona Woo, fonctionnaire en charge des politiques Climat & Énergie du World Future Council. Fiona Woo explique qu’il est important de comprendre quelles ressources utilisent les villes, quelles sont leur provenance et en quelle quantité elles sont utilisées.

« On peut utiliser la technologie pour suivre le flux de matériels et d’énergie et ainsi trouver des points où ils pourraient être rendus plus efficaces », nous dit Luis Bettencourt, Professeur en Systèmes Complexes au Santa Fe Institute.

QUELLE EST L’ISSUE LA PLUS INTELLIGENTE ?

Les villes intelligentes axées sur la technologie gagnent également en popularité. « C’est d’abord un concept d’ingénierie qui consiste à savoir comment utiliser les données pour avoir un fonctionnement plus intégré. Je pense que cela peut mener à une meilleure gouvernance des villes en termes de fourniture de services », ajoute L. Bettencourt.

Mais il est risqué d’investir et de construire des villes trop rapidement. Pour L. Bettencourt, la Chine construit rapidement des villes, des autoroutes, des gratte-ciel, des logements abordables et des zones industrielles. « C’est comme si les grandes villes sortaient d’une machine qui, au bout du compte, pourrait ne pas fonctionner aussi bien que cela. En tous cas, cela n’a pas bien fonctionné en Occident », avertit-il

L’AUTRE FACE DE L’URBANISATION

C’est notamment parce que le logement public doit être planifié méticuleusement. « La France et le Royaume-Uni sont des exemples typiques de l’échec du logement public : dans les banlieues de Paris et de Londres ont été créés nombre de bidonvilles à la vertical qui, avec le temps, ont apporté leur lot de problèmes socio-économiques », signale L. Bettencourt. « Il est essentiel non seulement de construire des logements, mais également de comprendre comment cela fonctionne sur le plan socio-économique », ajoute-t-il.

Par exemple, au cours des trois dernières décennies, le Bangladesh a connu le plus fort taux d’urbanisation (4,19 %) mais 60 % de la population vit dans des bidonvilles. L’urbanisation « non-planifiée » en a été blâmée pour ses insuffisances en termes d’infrastructure, de transport public, de logement, d’approvisionnement en eau et d’assainissement, d’énergie, de gestion des déchets solides, de santé et d’éducation, entre autres.

« Les problèmes qui nécessitent moins d’interventions physiques sont plus faciles à résoudre que ceux qui demandent un travail approfondi d’aménagement du territoire et de construction », souligne L. Bettencourt. Prenons l’exemple de Mumbai, propose-t-il. « L’état autorise actuellement un nombre croissant de bâtiments de grande taille, mais nombreux sont ceux qui ne sont pas raccordés au tout à l’égout et qui n’ont pas l’eau courante, car cela nécessite beaucoup de travail – il faut creuser, poser des canalisations, etc. alors que d’autres éléments, comme l’électricité et les télécommunications, sont plus faciles à installer, ce qui fait qu’on les trouve même dans des quartiers pauvres », ajoute-t-il pour souligner le contraste.

DURABLEMENT VÔTRE !

En revanche, certaines villes donnent le bon exemple. Medellin en Colombie relie ses différents quartiers en utilisant les transports publics, tels le téléphérique ou le métro. « Dans ce système, l’idée est d’améliorer et de créer une ville plus connectée sur le plan social », déclare L. Bettencourt. Les villes européennes, comme Francfort et Rotterdam, et quelques villes américaines, telles que Boston ou Portland, ont laissé une trace en construisant des systèmes efficaces. Le milieu ambiant de Singapour, avec ses parcs et jardins autour de mini-communes concentrées, ses initiatives de traitement des eaux usées (qui répond à 30 % des besoins en eau de la ville) et les excellentes liaisons par métro et systèmes de bus ont rendu durable la ville-état moderne.

« Il existe plusieurs façons de rendre les villes agréables à vivre et plusieurs d’entre elles sont durables alors que d’autres ne le sont pas », ajoute F. Woo Il revient à chaque pays de comprendre son environnement urbain, de trouver des solutions durables dans son propre contexte et de construire des villes qui supporteront les effets du temps.