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Kone

Smart mobility au Japon

Du 20 septembre au 2 novembre 2019, le Japon a accueilli la Coupe du Monde de rugby et son flot de touristes. Est-ce que l’archipel était prêt pour absorber cet afflux ? Longtemps considéré comme la terre des innovations, le Japon a-t-il réussi à conserver son avance technologique pour répondre aux nouveaux besoins de la population à l’ère de la mobilité intelligente ?

Les grands défis urbains de demain

Alors que l’étalement urbain se poursuit au Pays du Soleil Levant – qui possède un taux d’urbanisation de 94% selon la Banque Mondiale – sa population fait face à un véritable déclin. En effet, avec près de 35% des japonais âgés de plus de 60 ans, c’est la plus vieille population du monde. Ce vieillissement est une vraie source de préoccupations qui soulève de nombreuses problématiques au niveau national : le faible taux de natalité, le manque de main d’œuvre, la stagnation de la productivité, les disparités entre les zones urbaines et rurales… bref, c’est l’avenir tout entier du Japon qui en dépend.

L’économie de l’archipel a été, en revanche, revitalisée grâce à un tourisme en plein essor. Cette évolution a été alimentée par les politiques gouvernementales qui ont ouvert les frontières aux voisins asiatiques. Le Mondial de Rugby s’inscrit dans cet effort de renforcer l’attrait de la destination auprès du monde entier. Pendant toute la durée du tournoi, les réservations de vol provenant des nations participantes ont d’ailleurs augmenté de 38,1%  par rapport à l’année précédente. Un phénomène qui a contribué à diversifier les flux touristiques dans tout le pays. Plus qu’un événement, cela représentait une opportunité de tester le potentiel de ses infrastructures avant les Jeux Olympiques de 2020. On estime en effet que la compétition attirera plus de 10 millions de spectateurs à Tokyo, tandis que le pays devrait accueillir 40 millions de touristes étrangers au cours de l’année.

Dans ce contexte, les pouvoirs publics se lancent massivement dans la 5G en favorisant les nouveaux terminaux et dispositifs prêts à soutenir cette technologie. 10 milliards d’appareils connectés devraient ainsi voir le jour, des smartphones aux véhicules connectés jusqu’aux capteurs IoT.

Toutes ces données sont autant d’enjeux qui accélèrent la transition digitale du Japon, ouvrant la voie vers la transformation de la mobilité et l’émergence de nouveaux business modèles.

Quelles solutions pour une mobilité plus intelligente ?

La transformation de la mobilité implique d’avoir une vision intégrée. Les dirigeants politiques, les urbanistes, les industries de pointe, les sociétés informatiques comme les opérateurs télécom doivent travailler de concert pour piloter et mettre en place des solutions efficaces et durables.

Selon une étude d’Ernst & Young , l’état japonais comptabilisait déjà plus de 200 projets de villes intelligentes entre 2010 et 2014. Ces initiatives reposent sur l’aménagement de l’espace urbain grâce à l’introduction de nouvelles technologies permettant de mieux contrôler les différents flux (électricité, transport, eau…). Tokyo est d’ailleurs un véritable modèle en matière d’innovation, elle est aujourd’hui considérée comme l’une des villes les plus intelligentes au monde. En faisant converger Big Data et IoT, la mégapole nippone arrive notamment à traiter d’impressionnants volumes d’informations afin d’optimiser le trafic, souvent saturé dans la capitale. Ces données, partagées en temps réel aux usagers, servent à programmer les itinéraires, coordonner les feux de circulation et même guider les services de secours. Des solutions d’autant plus efficaces lorsque le réseau est engorgé par un grand nombre d’usagers, comme cela a pu être le cas pendant la Coupe du Monde où plus de 400 000 visiteurs étrangers foulaient le sol japonais.

Grâce à des capteurs disposés le long des voies, plusieurs compagnies de transport mettent également leurs données à disposition du public. Le but est non seulement de faciliter le déplacement des utilisateurs en adaptant leurs voyages en fonction des problèmes de circulation, mais aussi d’encourager la création de nouveaux services. En avril 2019, Mitsui Fudosan et MaaS Global ont ainsi annoncé leur partenariat visant à lancer Whim au Japon – la première solution de déplacement multimodal jamais commercialisée. Cette plateforme permet aux voyageurs d’optimiser tous leurs trajets en combinant divers modes de transport (métro, vélo, train, bus, tramway, taxi, voiture de location…) via une application unique.

Un territoire d’innovations et d’expérimentations

Ces dernières années, de nombreuses initiatives de mobilité “nouvelle génération” se sont multipliées au Japon afin de proposer des moyens de déplacement adaptés aux nouveaux modes de vie. Dans la communauté rurale de Nishikata, la société DeNA a testé une navette de 6 places sans conducteur, le Robot Shuttle. Ce service de bus autonomes a pour objectif d’aider les seniors isolés dans les zones rurales à se déplacer quotidiennement. Il devrait s’étendre au reste du pays dès 2020.

Dans les rues de Tokyo, le premier taxi autonome a commencé à prendre des passagers fin août 2018. Ces véhicules ont pour ambition de faire diminuer les prix des services de taxi et de pallier le manque de transport public dans les endroits les plus reculés. Ils vont également permettre de répondre à l’afflux touristique en prévision des JO de 2020. Il y a quelques semaines, Toyota a également dévoilé la e-Palette, une navette électrique autonome destinée à transporter les athlètes sur le campus olympique.

Tous ces projets illustrent la volonté du Japon de maintenir sa position de leader dans le secteur des systèmes de transport intelligents (STI). Désireuse d’être pionnière en matière de véhicules connectés et autonomes, c’est toute l’industrie automobile japonaise qui essaie de saisir les enjeux de cette technologie révolutionnaire centrée autour de l’IA. L’objectif final est d’arriver à commercialiser des voitures 100% autonomes à l’horizon 2025.

Le gouvernement s’est également lancé dans la course aux véhicules volants. Le géant japonais de l’électronique NEC vient de présenter son premier prototype de véhicule aérien sans conducteur. Encore en phase d’expérimentation, le véhicule a réussi son vol stationnaire pendant une minute à 3 mètres au-dessus de la ville de Tokyo. Même si nous sommes encore loin des taxis volants qui zigzaguent entre les gratte-ciel dans le Cinquième Élément, les avancées technologiques sont bien visibles. Elles montrent que le monde se trouve à l’aube d’une grande révolution. La ville est en pleine mutation et elle doit prendre conscience de ses propres enjeux pour dessiner de nouveaux modes de vie, plus fluides, plus efficaces et plus durables.

C’est notamment le cas de Paris qui planifie actuellement l’amélioration de sa mobilité urbaine en vue des JO 2024. En s’appuyant sur 3 genres de rupture technologique – connectivité, autonomie, zéro-émission – le Grand Paris ambitionne d’avoir le réseau de transport le plus performant au monde, capable de répondre aux défis de la ville moderne : la croissance du trafic, la saturation de l’espace et la pression environnementale.